|
Grâce à sa position
géographique, à la diversité de son climat et à ses
conditions écologiques, le Maroc dispose d'un patrimoine
forestier d'une grande importance socio-économique et
environnementale, de l'ordre de neuf millions d'hectares.
Cette forêt qui, exploitée de manière optimale et
rationnelle, constitue une ressource intarissable.
Préserver la forêt c'est justement préserver
l'environnement. Cette équation est devenue prioritaire
parmi les préoccupations de l'homme moderne. Avant d'aborder la
problématique des rapports liant l'homme à son
environnement naturel et de leurs interactions, il
convient de donner des indications succinctes sur la nature
et l'étendue des forêts à l'échelle nationale. Répartition du patrimoine forestier marocain (Source : Administration
des Eaux et Forêts - M.A.M.V.A. Rabat.)
L'arganeraie représente 7 % de la superficie totale couverte par les forêts. Après cette brève
présentation, revenons à la problématique de
l'interaction entre l'homme et la forêt, et d'une
manière générale entre l'homme et l'environnement. Avant de parvenir à la
maîtrise de la forêt comme ressource naturelle, l'homme
est passé par diverses étapes dont il convient de
rappeler brièvement la nature : 1. La phase de
satisfaction des besoins fondamentaux que l'on peut
répartir en deux périodes : - Période de cueillette et de ramassage, - Période de capture et
de chasse, 2. La phase de
l'affirmation de soi et ce en soumettant la nature à une
certaine souveraineté. Cette phase commence par une
période de domestication des animaux puis une période
de sédentarisation effective, de recours à
l'agriculture et de préservation des sols. Revenons à l'objet de
cette intervention au cours de laquelle, seront abordés
les rôles économique, social et environnemental de
l'arganeraie. Au préalable, il parait nécessaire de
donner un aperçu historique ou une monographie de
l'Arganier. En 1219, le médecin
égyptien Ibn Al Baytar décrit l'Arganier dans son
ouvrage 'Traité des simples'. Il parle de l'Arganier
comme un arbre épineux, donnant un fruit de la grosseur
d'une noix, renfermant une pulpe utilisée comme aliment
pour les caprins et une graine oléagineuse dont on
extrait une huile comestible. En 1515, Jean Léon
l'Africain en parle dans son livre 'Description de
l'Afrique' et décrit l'huile comme étant de très
mauvaise odeur et servant pour l'alimentation et l'éclairage. De même certaines sources
indiquent que les Phéniciens ont connu l'arbre, et ont utilisé
son huile dans les comptoirs qu'ils ont fondé tout au
long de l'océan Atlantique, et en particulier dans la
région d'Essaouira (Mogador). En outre, les récits des
voyageurs et des agents consulaires anglais au Maroc au 18ème
siècle révèlent que les forêts d'Arganier étaient
très denses et s'étendaient de Oualidia au Nord de
Safi, aux confins du Sahara. Etant donné que la famille des Sapotacées est connue depuis le crétacé supérieur, on s'accorde à dire que l'Arganier est apparu au tertiaire, époque à laquelle il se serait répandu sur une grande partie du pays. Puis au quaternaire, l'Arganier aurait été refoulé au Sud Ouest par l'invasion glaciaire, d'où des colonies vers Rabat et très au Nord près de la côte méditerranéenne près d'Oujda ( Forêts de Beni Snassen sur une superficie de 200 ha) L'Arganier couvre
actuellement une superficie de plus de 800 000 ha. C'est
un arbre endémique au Maroc. Vu l'intérêt qu'il
présente sur le plan écologique, certains pays l'ont
introduit pour enrichir leur patrimoine forestier. Parmi
ces pays on peut citer : La Hollande-1697, l'Angleterre
-1711, la France -1852, les Etats Unis -1927 et actuellement
la Tunisie et la Libye ( Golfe de Syrte ) et Israel
tentent de l'introduire. 2-Ecologie de
l'Arganier L'arganier s'étendait
autrefois jusqu'au nord de Safi. Cette région était
autrefois bien boisée. Au Sud, les limites naturelles de
cet arbre s'étendaient jusqu'au Drâa et parfois au-delà.
On en trouvait jusque dans les falaises de la région de
Tindouf, et l'un des oueds de Seguiet El Hamra porte
encore le nom de Oued Argane. A l'Est, les limites naturelles
de l'Arganier s'étendent jusqu'à 70 Km à l'Est
d'Essaouira, soit un rayon s'étendant à Chichaoua,
Chemaïa et Amizmiz. L'océan Atlantique le bordant à
l'Ouest. Cette délimitation
soulève la question suivante : Que reste-t-il de cette
forêt qui couvrait une superficie de l'ordre d'un
million d'hectares au début du 20 ème siècle? Cet
arbre original qui est devenu un patrimoine national,
voire universel, est menacé de disparition. Suite aux
dangers qui menacent son existence dans la région du Souss, son
aire est limitée actuellement à la région d'Essaouira. L'arganeraie est en
régression continue, le recul de l'Arganier, en termes
de superficie, est estimé à quelques 600 hectares / an 2.5. La régénération
de l'Arganier c) Le reboisement La dernière méthode de
régénération est le reboisement. Cette opération se
heurte à diverses difficultés techniques et les
recherches en cours tentent d'introduire la multiplication
végétative « in vitro » et le bouturage. Après avoir exposé les
conditions climatiques dures et sèches que supportent l'Arganier,
il s'avère nécessaire de présenter les conditions
liées à l'homme qui provoquent une destruction massive
de l'arganeraie. 3-Les facteurs de
destruction de l'arganeraie Parmi les causes de destruction de
l'arganeraie, il y a lieu de citer les plus importantes,
qui sont les suivantes : - La pression démographique, - Le labour et le développement de l'agriculture irriguée, - L'enlèvement du bois, - Le pâturage excessif.. 3.1. La pression
démographique Le nombre d'exploitants de
la forêt augmente naturellement avec la croissance démographique.
Sachant que la superficie globale reste invariable, il en
résulte une diminution des superficies exploitées par
individu. La conséquence principale de cette opération
est que le bénéficiaire de la forêt est obligé
d'intensifier ses interventions sur l'environnement en
vue de satisfaire ses besoins en usant de méthodes et de
moyens qui ne tiennent pas souvent compte de la
pérennité de la nature, et qui sont parfois condamnables.
Parmi les résultats de cette relation irrationnelle à
l'environnement réside évidemment celui de la
destruction de la forêt d'Arganiers ces dernières décennies,. 3.2. Le labour et le
développement de l'agriculture irriguée
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Production de bois | 400 000 stères / an |
| Production pastorale | 500 unités fourragères / ha / an |
| Production d'huile | 3500 à 4000 tonnes / an |
| Production de coque | 78 000 tonnes / an |
Il importe ici, de
réaffirmer une vérité incontournable en ce domaine :
l'Arganier a subi tout au long des siècles de graves
atteintes consistant en coupes, défrichement des terres,
incendies, pâturage excessif, exploitation effrénée.
Toutes ces atteintes ont fait de l 'Arganier un
arbre résistant non seulement aux dures conditions
naturelles, mais également aux interventions
irréfléchies de l'Homme.
Dans un passé récent,
l'Arganier a connu une sensible dégradation, et ceci notamment
aux époques suivantes :
Entre 1918 et 1924, après
la première guerre mondiale, la production de charbon de bois
a atteint 100.000 quintaux, dont 25.000 quintaux étaient
destinés à l'exportation en particulier vers l'Espagne
et le Portugal. Le reste servait pour approvisionner les villes
de Casablanca, Marrakech et Safi. Le rythme de destruction
avait ainsi atteint, à cette période, en moyenne 2000
hectares / an.
Conscientes du danger qui
menaçait l'Arganier et les populations résidant dans
ses régions d'implantation, les autorités
promulguèrent en 1925, un Dahir organisant l'exploitation
des forêts d'Arganier. Ce Dahir fut un chef d'oeuvre
réglementaire puisqu'il ne se réfère dans aucune de
ses dispositions à la notion de
« domanial », et fait bénéficier les
habitants des régions où existent des forêts
d'Arganiers de très larges droits de jouissance :
- Le droit de collecte et de cueillette de fruits,
- Le droit de pâturage sans contrepartie,
- Le droit de labour des terrains habituellement labourés avant la promulgation de la loi,
- Le droit d'utilisation des pierres et du sable sans contrepartie,
- Le droit de ramassage du
bois sec.
Toutefois, les dommages
n'ont pas disparus pour autant, puisque la production de charbon
de bois a atteint entre 1925 et 1931, près de 160.000
quintaux.
Avec la seconde guerre
mondiale (1939-1945), le processus de production-destruction s'est
accentué. Cette fois-ci la destruction était
particulière, en plus des autochtones, les colonisateurs
l'exploitaient pour répondre aux besoins de la guerre,
en bois et en charbon de bois. La production a atteint au
cours de cette période 243.000 stères de bois et
1.672.000 quintaux de charbon de bois. La superficie
exploitée était de l'ordre de 400.000 hectares.
A l'heure actuelle, et
depuis l'entrée en vigueur de la charte communale de
1976, la forêt d'Arganiers assure à certaines
collectivités locales, parfois, jusqu'à 80 % de leurs ressources
financières, participant ainsi au financement du
développement communal.
Dans le même sens, une
étude réalisée sur la biomasse de l'arganeraie en vue d'identifier
ses richesses énergétiques a donné, entre autres, les
résultats suivants :
La production actuelle est
de l 'ordre de 80 tonnes/ha de matières vivantes ce
qui constitue l'équivalent de 50 tonnes / ha de
matières sèches. Vu qu'un gramme de matière sèche
équivaut à 4,5 Kilocalories, la production actuelle de
l'arganeraie est de 180.000 milliards de kilocalories.
Partant du fait que le litre de pétrole équivaut à 10.000
kilocalories, on peut affirmer que notre arganeraie
recèle une énergie équivalente à 18 milliards de
litres de pétrole brut.
Toutes les forêts du
Maroc sont soumises au pâturage, mais il n'existe pas de
forêt à vocation pastorale équivalente à
l'arganeraie. Elle accueille tout au long de l'année un nombre
considérable d'animaux , principalement des caprins, des
ovins et des bovins.
La production pastorale de
l'arganeraie nationale atteint 320 millions d'unités fourragères
soit l'équivalent de 320.000 tonnes d'orge d'une valeur
de 480 millions de dirhams.
Les étapes pour
l'extraction de l'huile sont les suivantes : Le
concassage de la coque pour extraire l'amande, la
torréfaction de l'amande, le broyage dans une meule en pierre,
le malaxage de la pâte avec de l'eau, et enfin le
pressage pour l'obtention de l'huile et du tourteau.
Partant de tout ce qui
précède, on peut estimer que la production (en valeur
et en quantité) par hectare, des dérivés du fruit de
l'Arganier atteint :
Qu./ Ha |
P.U |
P.T |
||
| Pulpe | 750 | UF | 120900 | 1.20 900 |
| Coque | 1050 | Kg | 030315 | 0.30 315 |
| Huile | 58 | L | 35002030 | 35.00 2030 |
| Tourteau | 120 | Kg | 150180 | 1.50 180 |
3425 DH
A partir de ces données,
et de la superficie actuelle de l'Arganeraie nationale (828.000 Ha.)
on peut estimer financièrement, la production de
l'arganeraie nationale à 828.000 x 3.425, soit plus de
2,8 milliards de Dirhams.
Outre qu'elle offre le
pâturage, l'huile alimentaire et le bois de chauffage,
l'arganeraie assure la subsistance de quelques 2 millions
de ruraux. Elle permet ainsi de stabiliser les
populations des campagnes, et donc de limiter le
phénomène de l'exode rural.
Une autre fonction sociale
de l'arganeraie réside dans les journées de travail
qu'elle procure aux habitants de ces régions.
- L'exploitation forestière procure quelques 800.000 journées de travail / an
- L'extraction
oléagineuse assure plus de 20 millions de journées par
an pour les femmes du monde rural ( la production d'un
litre d'huile nécessite une journée et demie de travail
).
Ajoutons à cela, que le
pâturage est assuré par les jeunes filles et garçons.
L'Arganier joue un rôle
vital dans la protection de l'environnement :
- Protection des sols
contre l'érosion, surtout que les sols d'implantation de l'Arganier ont
une faible capacité d'absorption des eaux pluviales du
fait du pâturage intensif et de la destruction de leur
couverture préventive ;
- L'Arganier protège par
son ombre « l'herbe pastorale et les
plantes » assure ses besoins en eau par voie
d'évaporation et de condensation atmosphérique,
- Dans les régions
montagneuses l'Arganier facilite la pénétration de
l'eau ce qui entraîne une alimentation accrue de la
nappe phréatique.
De même l'Arganier est
considéré dans les régions de l'extrême sud comme une ceinture
verte contre la désertification. La destruction de cet
arbre entraînerait certainement une désertification de
ces régions, et exposerait des millions de ruraux à l'exode
rural.