Page d'accueil L'Arganier est une espèce
végétale endémique du Sud atlantique marocain où il couvre une
superficie de plus de 830.000 Ha (à peu près 21
millions d'arbres). Son aire géographique principale
s'étend entre les embouchures de l'Oued Tensift (au Nord)
et l'Oued Souss (au Sud), soit entre 29° et 32° de
lattitude Nord, ce qui en fait le représentant de plus
septentrional de la famille des sapotacées,
essentiellement tropicale. Des colonies isolées
d'Arganiers se trouvent également au Nord Est du Maroc
du côté d'Oujda, dans les monts des Béni-Snassen ; et
dans le Sud Ouest de l'Algérie, dans la région de
Tindouf. L'Arganier constitue la
troisième ressource forestière marocaine, après l'Alfa
et le Chêne vert, sensiblement à égalité avec
leThuya. 1-Les
atouts de l'Arganier : ''Un arbre à tout faire'' L'Arganier est, en effet
''un arbre multi-usages'', chaque partie ou production de l'arbre est
utilisable et est une source de revenu ou de nourriture
pour l'usager. Cet arbre a des
propriétés écologiques et physiologiques telles, qu'il
est pratiquement le seul adapté aux régions arides et
semi-arides où il pousse. Dans ces zones, l'Arganier
est pratiquement irremplaçable pour la conservation des sols
et des pâturages et pour la lutte contre l'érosion et
la désertification. Et il n'est ni erroné, ni exagéré
de dire qu'en maints endroits de son aire actuelle, il
constitue le dernier rempart contre la désertification. Grâce à ses racines, qui
peuvent atteindre plusieurs mètres de long, cet arbre
très rustique participe à la fixation des sols qu'il
enrichit par ailleurs en matières organiques issues de
ses feuilles mortes. Sous un arganier des chercheurs ont recensé,
jusqu'à cent variétés végétales, qui - cela a été
prouvé - ne doivent leur survie, qu'à son abri protecteur. En effet, la nature a tout
donné, ou presque à cet arbre : Le bois
: Extrèmement dur, le bois de l'Arganier est fort
apprécié comme matériau de charpente et pour la
fabrication de toutes sortes d'outils agricoles. Parce qu'il est dense, et
se consume lentement, il est massivement utilisé en tant que combustible,
sous forme de charbon. Le Fourrage : Les feuilles d'Arganier sont consommées par les camelins et les caprins. La pulpe des fruits de l'arbre, représente également une source de nouriture pour les animaux. Enfin le tourteau
( Zegmouna ), résidu d'extraction d'huile, est
utilisé comme complément énergétique pour
l'engraissement des bovins. L'Huile
: L'huile extraite de l'amande (Fruit de l'Arganier) est
non seulement comestible et d'un goût agréable, mais
elle possède des propriétés diététiques très intéressantes,
car constituée à 80 % d'acides gras insaturés (dont
une bonne proportion d'acide linoléique). Ces qualités
diététiques en font une huile très recherchée, vendue
nettement plus chère que l'huile d'olive, en raison
notamment de sa rareté et des nombreuses heures de
travail nécessaires à sa production. En effet, celle-ci
est entièrement manuelle depuis le concassage des
fruits, le grillage et le broyage des amandes, jusqu'au malaxage
de la pâte pour en extraire l'huile. Autres usages
: Dans la pharmacopée traditionnelle, l'huile d'Argan et
divers produits dérivés de l'arbre ont été de tout
temps utilisés pour leurs propriétés réelles ou supposées. De fait, plusieurs
composés biochimiques tirés du fruit de l'Arganier,
possèdent des propriétés biologiques qui peuvent
justifier leur utilisation en pharmacie et en cosmétologie. La
problématique Si les cris d'alarme en
faveur de l'Arganier se multiplient ces derniers temps,
ce n'est pas uniquement parce que cet arbre,
« béni des dieux » et maltraité par les hommes, est
en péril; il est aussi et surtout une ressource
économique à réhabiliter et à promouvoir. L'Arganier se meurt, et
cela ne pose pas uniquement de sérieux problèmes écologiques.
Le social et l'économique sont aussi affectés, dans
cette vaste région couverte par l'Arganier car celui-ci
est un véritable patrimoine naturel où culture et agriculture
se sont toujours entremêlées. Si l'intérêt de cette
espèce végètale est multiple et n'est plus à
démontrer, les problèmes qu'elle confronte, et qui
peuvent à terme, et à défaut de mise en oeuvre de solutions
adéquates, aboutir à des situations irréversibles et
aux conséquences négatives difficiles à évaluer, sont
également connus et bien cernés, et s'énoncent comme
suit : - L'arganeraie marocaine
régresse en termes de superficies et surtout de densité
: En moins d'un demi siècle, la densité moyenne de
l'arganeraie nationale est passée de 100 arbres / Ha à
30 arbres / Ha, tandis que les superficies couvertes régressaient
en moyenne de 600 Ha par an. - L'aire de l'Arganier se dégrade d'année en année sous l'effet conjugué de l'accroissement de la population et du cheptel, de l'apparition des cultures intensives (notamment le maraîchage sous serres), avec comme corollaires : Le déboisement, les surpaturages, une désertification accrue, un exode accentué des populations rurales vers les villes de la région.... - Les rares tentatives de
reconstitution par transplantation, opérées jusqu'à maintenant ont
enregistré des échecs, dûs, entre autres facteurs, au
manque de collaboration entre les principales parties
concernées : Les aménageurs forestiers et les
chercheurs universitaires. - L'Arganier et les
produits qui en sont dérivés, notamment l'huile, ne
sont pas valorisés comme ils devraient l'être, faute de
techniques appropriées et modernes d'extraction et de
production. Quelles
perspectives pour l'Arganier ? La problématique et
l'enjeu sont donc actuellement, non seulement d'enrayer
le processus de régression de l'arganeraie, mais aussi
de replanter une partie de ce qui a été perdu, afin que
l'Arganier redevienne ce qu'il a toujours été : ''Un
pivot dans un système agraire traditionnel, basé sur
l'exploitation de l'arbre, l'élevage et la céréaliculture''. Les problèmes de
l'arganeraie étant essentiellement dûs aux
conséquences d'une interaction irrationnelle de l'Homme
avec son milieu environnant dans cette aire, il nous semble
que toute politique de réhabilitation de cette espèce
végètale, si elle veut connaitre quelque chance de
succès, doit obligatoirement s'attacher à rationnaliser cette
intervention de l'Homme sur la nature, et donc
s'articuler nécessairement autour des actions ou
objectifs prioritaires suivants : - Objectif et action de sauvegarde
et de protection par la révision des textes juridiques
régissant l'Arganier (Revoir les dispositions du Dahir
de 1925, qui accordent de larges droits de jouissance aux
usagers, dans un sens plus contraignant en termes d'obligation
d'entretien des arbres par ces usagers.) - Objectif et action d'information
et de sensibilisation des usagers, mais aussi de toute
l'opinion publique nationale et internationale, sur les
spécificités, l'importance et l'intérêt de la
conservation de cet arbre; par l'organisation régulière
et travers tout le territoire national, de manifestations
destinées à valoriser l'Arganier et ses produits. - Objectif et action de
replantation et de développement de l'Arganier,
notamment par l'allocation des moyens nécessaires aux
travaux de recherche scientifiques en cours sur les
techniques de reproduction et de transplantation, et
l'accélération de ces travaux; et par la mise au point
de techniques appropriées d'exploitation et de valorisation
des produits de l'Arganier. D'où la nécessité
urgente d'élaborer et de mettre en oeuvre une stratégie
nationale de sauvegarde et de développement de
l'Arganeraie, articulée autour de ces trois axes
d'actions, et à laquelle cette rencontre ne manquera pas
d'appeler dans ses recommandations finales. Pour conclure cette
présentation sommaire de la problématique de
l'Arganier, je voudrais dire, qu'en prenant cette
initiative d'organiser ces journées d'étude, le GERPE ne
veut pas seulement organiser une rencontre de plus autour
du thème de cet arbre, dont la situation de dégradation
actuelle interpelle plus d'un. Nous avons, il est vrai,
l'objectif de nous réunir, de débattre, et d'adopter
des recommandations que nous voulons utiles pour l'avenir
de cet arbre. Mais nous avons, également, l'ambition
réalisable, de dépasser ce schéma devenu classique dans
ce type de rencontre, et ce en proposant d'ores et
déjà, dans le cadre et dans la suite de ce forum, des
actions pratiques et concrètes qui participent des solutions
à mettre en en oeuvre pour la sauvegarde et le
développement de cette espèce végétale. C'est dans ce sens que
s'inscrit le projet pilote de replantation de l'Arganier,
financé par la coopération canadienne, qui sera
présenté lors de ces journées, par les représentants
de cette institution, et qui sera réalisé dans les
prochains mois, sur une dizaine d'hectares, dans la
province d'Essaouira. |