Page
d'accueil
Bilan des actions et programmes en faveur de l'arganier
et perspectives.
Par:
Remi Chaussod,
I.N.R.A.,
Laboratoire de Microbiologie des Sols
Dijon, France.
L'intérêt de l'Arganier en tant
qu'espèce, mais aussi et surtout l'importance écologique
et socio-économique de l'arganeraie, ont été (et sont
de plus en plus) à l'origine de projets et programmes
nationaux et internationaux consacrés soit à la recherche,
soit au développement.
L'objet de la présente contribution
est de donner quelques informations sur la coopération
franco-marocaine en matière de programmes concernant
l'Arganier, et d'évoquer les autres coopérations
bilatérales (dont nous avons connaissance) qui existent
ou qui se mettent en place sur ce sujet.
1. La coopération bilatérale
franco-marocaine sur l'Arganier
L'Arganier et l'écosystème arganeraie
ont de tout temps été l'objet d'un intérêt soutenu de
la part des chercheurs, quelle que soit leur
nationalité, comme en témoignent les très nombreuses
publications sur ce sujet depuis le 19ème siècle. En
raison des liens historiques qui unissent la France et le
Maroc, il est compréhensible que de nombreux travaux se
soient poursuivis dans le cadre d'une coopération
bilatérale depuis l'indépendance du Maroc.
1.1 Action Intégrée
Inter-Universitaire "Arganier"
Lorsque la Faculté des Sciences
d'Agadir a été créée, il y a dix ans, le Doyen Arsalane
et ses enseignants-chercheurs ont souhaité développer
des recherches d'intérêt local, suscep- tibles
d'entraîner des retombées socio-économiques pour la
région. L'Arganier s'est immédiatement imposé parmi
les thèmes de recherche les plus intéressants au plan
scientifique comme au niveau des applications possibles.
En 1988, un étudiant marocain de l'Université de
Grenoble (encadré par J.P. Peltier, qui avait travaillé
10 ans au Maroc et soutenu en 1982 une Thèse d'Etat sur
la végétation de la région du Souss) entreprenait une
thèse sur l'Arganier, et plusieurs
enseignants-chercheurs qui avaient été formés en
France (notamment à l'I.N.R.A. de Dijon) venaient
d'être recrutés à la Faculté des Sciences d'Agadir.
Les conditions étaient alors réunies pour le démarrage
d'une collaboration entre chercheurs français et
marocains qui se connaissaient déjà. Un projet d'Action
Intégrée Inter-Universitaire fut rédigé fin 1988,
réunissant comme partenaires la Faculté des Sciences
d'Agadir, la Faculté des Sciences de Grenoble, l'INRA de
Dijon et l'INRA de Jouy en Josas. Très large, il
couvrait divers domaines de la biologie de l'arbre
(écologie, génétique, multiplication in vitro,
symbioses racinaires) ainsi que la valeur nutritionnelle
de l'huile.
Ce projet d'Action Intégrée fut
retenu par la Commission Mixte Scientifique en Juin 1989
mais, pour des raisons budgétaires, il ne fut financé
qu'à partir de 1991 (et jusqu'en 1993). En fait, il
fallut attendre le colloque sur l'Arganier de 1991 (voir
plus loin, chapitre 2-1. O.S.S.) pour que démarre
véritablement le programme.
Il convient ici de noter qu'outre des
financements pour l'équipement et le fonctionnement, les
moyens fournis par une Action Intégrée consistent
également en missions, stages et bourses d'études. Ceci
permet à des jeunes chercheurs marocains de réaliser
des travaux de recherches dans les laboratoires de leurs partenaires
français. Il s'ajoute donc, aux moyens fournis par les
services de coopération de l'Ambassade de France, une
participation financière occulte (non comptabilisée,
mais bien réelle) des partenaires français. Ainsi, pour
l'Action Intégrée "Arganier", l'Université
de Grenoble, l'INRA de Dijon et l'INRA de Jouy en Josas
ont apporté une contribution tout à fait significative,
sans compter l'ORSTOM et le CNRS qui appuyèrent, en
marge de l'Action Intégrée, les travaux d'écologie et
de cartographie par télédétection.
Les résultats obtenus dans le cadre de
cette Action Intégrée peuvent être qualifiés d'importants,
tant au plan quantitatif que qualitatif :
- 9 publications dans des ouvrages
ou des revues à comité de lecture (dont 5 dans
des revues internationales à comité de
lecture),
- 23 communications orales ou
affichées à des colloques au Maroc, en France,
en Grande Bretagne...
- 1 thèse d'Etat marocaine, 2
thèses françaises, 1 thèse (D.E.S.) marocaine,
- 6 D.E.A. et C.E.A. (cinquième
année d'études supérieures, se concrétisant par
un mémoire de recherche).
Cet aspect "formation"
associé aux travaux de recherche mérite d'être
souligné. Le programme de coopération franco-marocain a
non seulement apporté des connaissances nouvelles sur
l'Arganier, mais il a aussi et surtout permis de donner une
formation de chercheur de très bon niveau à plusieurs
jeunes marocains dont trois ont ensuite été recrutés
à l'Université (un à Rabat et deux à Agadir). Deux d'entre
eux poursuivent des recherches avec leurs collègues
français, dans le cadre de la préparation de leur
thèse d'Etat. Au total, entre 1994 et 1998, une demi-douzaine
de thèse d'Etat sur l'Arganier et l'arganeraie devraient
être soutenues au Maroc, grâce à l'aide initiale de la
coopération française.
Enfin, une originalité du programme
"Arganier" est que des universitaires marocains
se sont intéressés à un sujet classé dans le domaine
"agricole" par le Maroc et les services
français de coopération. Cette originalité fut à la
fois une source de difficultés administratives
(heureusement résolues grâce à l'intelligence et à la
compréhension des services de coopération), et une
chance d'ouverture vers des partenaires marocains
relevant du Ministère de l'Agriculture.
1.2 Programme de
recherche en coopération "Agriculture durable dans
le sud-ouest marocain".
La signature d'une convention de
collaboration entre l'INRA-France et l'INRA-Maroc en
Octobre 1993, a permis d'officialiser les échanges
scientifiques qui existaient depuis plusieurs années
entre des chercheurs de l'INRA de Dijon et de l'INRA
d'Agadir. Par ailleurs, une convention de collaboration
entre l'INRA-Maroc et la Faculté des Sciences d'Agadir
avait été signée en 1992 pour faciliter les échanges
et les expérimentations communes, notamment sur
l'Arganier.
Un Programme de Recherche en
Coopération (P.R.C.) intitulé "Agriculture Durable
dans le Sud-Ouest marocain" a été déposé et
retenu par les services de coopération. Ce programme a
pour objet d'approfondir les recherches dans deux domaines
principaux : le premier, intitulé "sols et
fertilité des sols", a pour but de caractériser la
fertilité des sols du Sud-Ouest marocain et d'évaluer
l'impact de l'intensification agricole, le second,
intitulé "biologie de l'Arganier et
agroforesterie" a pour but de contribuer au
développement de l'Arganier dans son aire naturelle par
la mise en oeuvre de techniques et de biotechnologies
adaptées. Aux partenaires de l'INRA-France et de
l'INRA-Maroc sont associés des chercheurs universitaires
(Universités d'Agadir, de Rabat, de Dijon).
Plus que le soutien financier
(relativement modeste), ce programme est important par
les missions, bourses et stages qu'il finance, ce qui
autorise des échanges France-Maroc et la poursuite des
travaux de recherche en collaboration. Comme pour
l'Action Intégrée, ce type de programme de coopération
bénéficie de l'aide indirecte des organismes français
de recherche et fait une large place aux aspects "formation".
1.3 Groupe de recherches
agronomiques Méditerranéennes "forêts".
Très récemment, et à l'initiative du
service des Relations Internationales de l'INRA-France
(Mr Larbier), s'est constitué un Groupe de Recherches Agronomiques
Méditerranéennes (G.R.A.M.) sur le thème de la
recherche forestière. Il s'agit d'un réseau destiné à
favoriser les échanges entre les chercheurs de toutes
origines (administratives et géographiques) travaillant
sur la forêt méditerranéenne. En raison de l'ampleur
du sujet, trois sous-réseaux ont été crées :
- G.R.A.M. "santé des
forêts", s'intéressant principalement aux insectes
ravageurs des forêts méditerranéennes. L'Arganier
n'est concerné que de façon marginale par cet aspect.
- G.R.A.M. "ressources
génétiques forestières", s'intéressant à la
diversité génétique des essences méditerranéennes,
son utilisation (sélection, amélioration), et bien sûr
la conservation des ressources génétiques des forêts
méditerranéennes. L'Arganier est ici non seulement
concerné mais peut être considéré comme une espèce
"modèle".
- G.R.A.M. "création et gestion
des peuplements forestiers méditerranéens" concernant
trois domaines complémentaires :
- création des peuplements
(élevage des plants, symbioses racinaires...)
- agroforesterie (modèle
herbe-arbre, aménagements sylvo-pastoraux...)
- conduite des peuplements et
qualité des produits.
Là encore, l'Arganier peut être
considérée comme une espèce modèle, en raison des
difficultés actuelles de sa régénération.
A partir de ces réseaux et de
l'identification de partenaires de bonne qualité scientifique,
des programmes d'intérêt mutuel pourront se mettre en
place et se concrétiser par exemple par la soumission de
projets finançables par l'Union Européenne.
2-La coopération
multilatérale
2-1. l'Observatoire du Sahara et du Sahel
(O.S.S.).
Créé en Juillet 1989, à l'occasion du bicentenaire
de la Révolution Française, l'Observatoire du Sahara et
du Sahel avait pour mission d'aider les pays de cette zone
géographique à mettre en place des actions pour lutter
contre les effets de la sécheresse et contre la
désertification. La problématique de l'arganeraie
relevant de ses préoccupations, l'O.S.S. a financé en
Mars 1991 le premier colloque international sur
l'Arganier. Ce colloque, résolument orienté
"recherche" et qui se déroula à la Faculté
des Sciences d'Agadir, se voulut le plus ouvert
possible : toutes les Institutions marocaines
concernées par l'Arganier furent invitées, de même que
tous les organismes de coopération finançant des
travaux dans ce domaine ; tous les chercheurs
s'intéressant de près ou de loin à l'Arganier purent participer.
La synthèse des communications et des tables rondes fut
rédigée sous forme de "recommandations",
proposant des voies de recherches à mettre en oeuvre
pour chacun des thèmes abordés. Malheureusement, si le
programme "Arganier" a bien été labellisé
"O.S.S.", il n'a pas fait partie des dossiers
jugés prioritaires par le Maroc et n'a pu bénéficier
qu'indirectement d'aides de la coopération française.
Le colloque de 1991 a pourtant eu un
effet très positif d'entraînement et a permis des
rencontres entre chercheurs qui se sont concrétisées
par des travaux en collaboration dans différents
domaines.
2-2. Autres Instances
Internationales : F.A.O., U.N.E.S.C.O., etc.
F.A.O. : Dans le cadre du second projet
forestier marocain, financé par la Banque Mondiale,
plusieurs consultations d'experts de la F.A.O. ont eu à
aborder le cas des forêts d'Arganier, en particulier
sous l'angle de la conservation et de l'amélioration des
ressources génétiques forestières au Maroc. Dans ce
domaine, une première consultation, consacrée
essentiellement à l'étude de la variabilité génétique
de l'Arganier, a eu lieu en Mai 1995 et des propositions
ont été faites. D'autres consultations devraient suivre
dans les deux années qui viennent, et aborder
l'amélioration génétique de l'espèce.
U.N.E.S.C.O. : Une "Convention des
Nations Unies sur la lutte contre la désertification
dans les pays gravement touchés par la sécheresse et/ou
la désertification, en particulier l'Afrique" a
été rédigée sous l'égide de l'UNESCO, signée par de
très nombreux pays, et entrera en vigueur après la
ratification par au moins 50 pays, soit vraisemblablement
en 1997. Bien que le Maroc ne soit pas a priori
parmi les pays éligibles pour des aides internationales
dans ce cadre (réservées aux pays "pauvres",
dont le P.N.B. par habitant ne dépasse pas un certain
plafond), des retombées positives peuvent en être
attendues au niveau de la sensibilisation des opinions
publiques et des "décideurs".
3-Autres programmes de
coopération sur l'arganier
Nous présentons ici quelques éléments
d'information sur d'autres programmes et projets en cours
sur l'Arganier. Comme nous n'en avons pas, en général,
une connaissance directe, nous ne pouvons garantir la
fiabilité de ces informations, données uniquement à
titre indicatif.
3-1. Coopération allemande.
Il s'agit du programme mis en place
actuellement par l'agence de coopération allemande
G.T.Z., avec comme partenaire marocain l'Administration
des Eaux et Forêts (DEFCS). Typiquement orienté
"développement", ce projet vise à la réhabilitation
de l'arganeraie marocaine avec, dans un premier temps,
des études de cas dans 5 douars différents. L'un des
points les plus intéressants du programme est la
volonté de faire participer les populations locales à
la conception et à la réalisation des transformations
nécessaires pour une exploitation durable des arganiers.
La communication de Mr Hayer donne les principales informations
sur ce projet et sur la contribution allemande.
3-2. Coopération belge.
Pour le peu que nous en connaissions,
il s'agit d'un programme entre la Belgique (Mr Blérot)
et l'Administration des Eaux et Forêts marocaine (Mr
Benzyane). L'objectif est la mise en place d'une gestion
informatisée et centralisée de l'arganeraie, en
recueillant un maximum de données socio-économiques sur
ce milieu, dont il est nécessaire d'améliorer la
connaissance pour orienter valablement son
développement.
3.3. Coopération canadienne.
La coopération canadienne vient tout récemment de
manifester son intérêt pour l'Arganier et de proposer
son aide, dont les formes exactes restent à déterminer, pour
sauvegarder cette espèce. L'appui de la société
maroco-canadienne Vitronov-Maroc S.A. est d'ores et
déjà acquis.
3.4. Autres actions.
Que ce soit au plan scientifique,
écologique, socio-économique, culturel ou "affectif"
(pour de nombreux marocains, c'est un arbre
emblématique), l'intérêt de l'Arganier est tel que sa
régression ne peut laisser personne indifférent... et
que de très nombreuses actions ont été lancées en sa
faveur. Nous n'avons fait ici qu'évoquer les actions de
type "international", mais il faut insister sur
le rôle essentiel (notamment pour la sensibilisation des
populations) des actions purement nationales. Les
associations peuvent jouer un rôle extrêmement
important en stimulant et en relayant les actions des
Institutions. C'est ce qu'a fait en son temps l'Association
les Amis de l'Arganier. De même, en organisant ces
"Journées d'Etude sur l'Arganier", le
Groupement d'Etudes et de Recherches pour la Promotion
d'Essaouira (GERPE) a incontestablement apporté une
contribution très positive en faisant se rencontrer des
intervenants d'horizons très divers.
En guise de conclusion
La coopération française continue (et probablement
continuera) de soutenir les recherches sur l'Arganier et
l'arganeraie. D'autres actions se mettent en place, au niveau
de la recherche ou du développement. Face à l'urgence
de certaines situations, certains pensent que la
recherche est un luxe inutile et qu'il conviendrait de
s'attacher uniquement aux aspects
"développement". Rappelons simplement qu'en
1978 une expertise de la F.A.O. concernant les forêts
marocaines signalait que, pour l'Arganier, il était
illusoire de vouloir mettre en place un programme de reboisement,
les connaissances de base sur cette espèce étant
insuffisantes.
En fait, il nous semble important de ne
pas dissocier les approches et de ne pas opposer
recherche fondamentale, recherche appliquée et
développement. Il faut au contraire aborder les
problèmes en termes de recherches finalisées :
d'abord identifier les points de blocage, puis
entreprendre les recherches nécessaires en amont pour
pouvoir résoudre les difficultés. Ainsi par exemple,
nos travaux montrent que les résultats de la recherche
devraient permettre de résoudre rapidement les
difficultés techniques liées à la multiplication et à
la propagation de l'Arganier. (voir communication de Mme
Nouaïm).
Les scientifiques travaillant sur
l'Arganier sont également convaincus qu'il faut prendre
en considération l'aspect humain et donc intégrer la
composante humaine dans la définition des axes de
recherche capables de répondre à des besoins réels aussi
bien écologiques qu'économiques. A cet égard, on peut
regretter la faiblesse des recherches en sociologie et en
économie. Il convient de combler ce retard très rapidement
et d'encourager les travaux dans ces domaines des
sciences sociales, aussi importantes pour l'avenir de
l'Arganier que les sciences de la vie et de l'environnement.
Enfin, des perspectives intéressantes
s'ouvrent désormais pour une collaboration entre les
scientifiques et les instances chargées de la gestion
des forêts ou du développement. Il ne s'agit pas (tout
au moins pas encore) de mettre en place une quelconque
structure de "coordination", mais de faire en
sorte que toutes les informations circulent, dans tous
les sens. C'est peut être là le principal intérêt de ces
Journées : faire se rencontrer et confronter les
approches des différents intervenants : forestiers,
universitaires, agronomes, responsables du développement,
responsables de collectivités territoriales, élus, etc.
|